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des vaincus par le spectacle de ces atroces supplices dont le code annamite nous donne un terrible aperçu.
Lorsque nous fûmes amenés au Tonkin, nous trouvâmes ce malheureux pays courbé sous le joug de la tyrannie la plus cruelle, de l'oppression la plus insupportable et la plus savamment organisée. Les Tonkinois étaient systématiquement exclus de toutes les charges. Réduits au rang d'ilotes, ils ne pouvaient commercer en liberté; leur industrie était gênée par des prohibitions excessives; ils ne purent même plus continuer l'exploitation des mines et des carrières. On ne voulait pas que, de quelque façon que ce fût, ils pussent se relever, montrer l'incontestable supériorité qu'ils ont sur leurs vainqueurs dans les arts et dans l'industrie.
On laissa cependant aux Tonkinois l'agriculture. C'était pour l'Annam une nécessité absolue, par ce moyen seul il pouvait assurer sa propre subsistance; mais en cela même l'oppresseur ne laissa au malheureux vaincu que ce qu'il ne put pas lui ôter. Les Tonkinois purent et même durent cultiver; mais ils ne récoltaient pas ce qu'ils avaient semé. La plus grosse part était prélevée à titre d'impôt; sur le surplus, on prenait encore une portion à titre de vente forcée; on laissait au malheureux une part mesurée avec parcimonie et le reste, l'Annam le gardait en quelque sorte en réserve dans les greniers du laboureur lui-même, qui ne pouvait le vendre au dedans où la demande manquait et auquel des lois draconiennes défendaient l'exportation.
Les Tonkinois se voyaient ainsi enserrés dans une savante et continuelle persécution, condamnés à travailler pour leurs oppresseurs en assurant leur subsistance ou accablés de corvées pour édifier contre eux-mêmes les moyens de domination. Heureux encore, ces pauvres opprimés, lorsqu'ils ne voyaient pas enlever leurs femmes et leurs filles qu'on allait vendre en Chine pour servir comme esclaves ou pour devenir, enfants encore, les lamentables victimes de la lubricité du maître.
Aussi, Messieurs, quels trésors de haine s'étaient accumulés au cœur des opprimés! Et c'est dans cette haine qu'il faut chercher l'une des causes de la merveilleuse et rapide conquête de Garnier.
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N° 1889
mulés au cœur des opprimés! Et c'est dans cette haine qu'il faut chercher l'une des causes de la merveilleuse et rapide conquête de Garnier.
Lorsque ces petites troupes de cinq ou six hommes s'avançaient intrépides sous les ordres de leurs jeunes chefs et sommaient de se rendre des citadelles défendues par deux mille soldats bien pourvus, bien munis, bien armés, cachés derrière de hautes et solides murailles bien bastionnées, et que ces citadelles se rendaient;
Lorsqu'à Ninh Binh dix-sept cents hommes vinrent déposer leurs armes aux pieds de l'élève Hautefeuille qu'escortaient deux matelots, n'est-ce pas parce que les Annamites savaient que derrière ces vaillants, il y avait tout un peuple qui les saluait comme des chefs et des libérateurs?
Les mêmes causes existent encore aujourd'hui, et les faits récents prouvent qu'ils doivent produire les mêmes effets.
Les traités de 1874 n'ont en effet pas mis fin à la savante persécution dont nous venons de parler et sous laquelle gémissent les Tonkinois. Aussi ont-ils toujours la même haine implacable, invincible; aussi veulent-ils toujours briser tout lien entre eux et le séculaire oppresseur; aussi, malgré cet affreux souvenir de Philastre, attendent-ils encore de nous leur libération, prêts à se jeter dans nos bras, mais prêts aussi, il faut bien le dire, à se donner à quiconque, à notre défaut, leur promettra la délivrance.
Cet état des choses et des esprits au Tonkin est constaté par tous ceux qui ont vu de près, et la presse de toute nationalité en Chine, au Japon et dans toutes ces régions ne se fait pas faute de le reconnaître. «Les Tonkinois sont bien décidément pour la France, dit un journal anglais de Shanghaï, citant son confrère de Hong-kong, les mandarins d'Hué sont cruels et rapaces; les soi-disant libérateurs chinois sont arrivés comme une bande de voleurs, prêts à faire cause commune avec les pirates. Sans contredit, dans ces circonstances, la partie est actuellement gagnée par la France; toute indé-
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des vaincus par le spectacle de ces atroces supplices dont le code annamite nous doune un terrible aperçu.
Lorsque nous fûmes amenés au Tonkin, nous trouvâmes ce malheureux pays courbé sous le joug de la tyrannie la plus cruelle, de l'oppression la plus insupportable et la plus savamment organisée. Les Tonkinois étaient systématique- ment exclus de toutes les charges. Réduits au rang d'ilotes, ils ne pouvaient commercer en liberté; leur industrie était gênée par des prohibitions excessives; ils ne purent même plus continuer l'exploitation des mines et des carrières. On ne voulait pas que, de quelque façon que ce fût, ils pussent se relever, montrer l'incontestable supériorité qu'ils ont sur leurs vainqueurs dans les arts et dans l'industrie.
On laissa cependant aux Tonkinois l'agriculture. C'était pour l'Annam une nécessité absolue, par ce moyen seul il pouvait assurer sa propre subsistance; mais en cela même l'oppresseur ne laissa au malheureux vaincu que ce qu'il ne put pas lui ôter. Les Tonkinois purent et même durent cultiver; mais ils ne récoltaient pas ce qu'ils avaient semé. La plus grosse part était prélevée à titre d'impôt; sur le sur- plus, on prenait encore une portion à titre de vente forcée; on laissait au malheureux une part mesurée avec parcimonie et le reste, l'Annam le gardait en quelque sorte en réserve dans les greniers du laboureur lui-même, qui ne pouvait le vendre au dedans où la demande manquait et auquel des lois draconiennes défendaient l'exportation.
Les Tonkinois se voyaient ainsi enserrés dans une sa- vante et continuelle persécution, condamnés à travailler pour leurs oppresseurs en assurant leur subsistance ou acca- blés de corvées pour édifier contre eux-mêmes les moyens de domination. Heureux encore, ces pauvres opprimés, lors- qu'ils ne voyaient pas enlever leurs femines et leurs filles qu'on allait vendre en Chine pour servir comme esclaves ou pour devenir, enfants encore, les lamentables victimes de la lubricité du maitre.
Aussi, Messieurs, quels trésors de haine s'étaient accu-
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mulés au cœur des opprimés! Et c'est dans cette haine qu'il faut chercher l'une des causes de la merveilleuse et rapide conquête de Garnier.
Lorsque ces petites troupes de cinq ou six hommes s'avan- çaient intrépides sous les ordres de leurs jeunes chefs et som- maient de se rendre des citadelles défendues par deux mille soldats bien pourvus, bien munis, bien armés, cachés der- rière de hautes et solides murailles bien bastionnées, et que ces citadelles se rendaient;
Lorsqu'à Ninh Binh dix-sept cents hommes vinrent dé- poser leurs armes aux pieds de l'élève Hautefeuille qu'escor- taient deux matelots, n'est-ce pas parce que les Annamites savaient que derrière ces vaillants, il y avait tout un peuple qui les saluait comme des chefs et des libérateurs?
Les mêmes causes existent encore aujourd'hui, et les faits récents prouvent qu'ils doivent produire les mêmes effets.
Les traités de 1874 n'ont en effet pas mis fin à la savante persécution dont nous venons de parler et sous laquelle gé- missent les Tonkinois. Aussi ont-ils toujours la même haine implacable, invincible; aussi veulent-ils toujours briser tout lien entre eux et le séculaire oppresseur; aussi, malgré cet affreux souvenir de Philastre, attendent-ils encore de nous leur libération, prêts à se jeter dans nos bras, mais prêts aussi, il faut bien le dire, à se donner à quiconque, à notre défaut, leur promettra la délivrance.
Cet état des choses et des esprits au Tonkin est constaté par tous ceux qui ont vu de près, et la presse de toute natio- nalité en Chine, au Japon et dans toutes ces régions ne se fait pas faule de le reconnaître. « Les Tonkinois sont bien déci- dément pour la France, dit un journal anglais de Shanghaï, citant son confrère de Hong-kong, les mandarins d'Hué sont cruels et rapaces; les soi-disant libérateurs chinois sont arri- vés comme une bande de voleurs, prêts à faire cause com- mune avec les pirates. Sans contredit, dans ces circonstances, la partie est actuellement gagnée par la France; toute indé-
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